"Continuer à apprendre " Après une première année mitigée chez les pros, avec de bonnes prestations et pas mal de blessures, Pierre Drancourt souhaite avant tout poursuivre son apprentissage de l'élite. Pierre, quel bilan tires-tu de ta première saison chez les pros ?Assez mitigé. D'un côte je ressens une frustration par rapport à toutes mes blessures. J'ai couru cinq mois, ce qui fait un peu juste sur une saison qui en fait neuf. Il y a du bon au niveau sportif. Les efforts que j'ai faits pour moi ou pour l'équipe ont été bien vus. J'ai été remercié par mes équipiers et par mes directeurs sportifs. Ils ont été satisfaits de moi, donc le bilan est positif. J'espère que la suite m'apportera plus de chance et plus de réussite.
Qu'as-tu pensé du niveau de l'élite ?Déjà il y a une grosse différence avec le milieu amateur au niveau de l'organisation des équipes. Chez les amateurs, il n'y a pas plus de deux ou trois équipes qui sont vraiment structurées comme chez les pros. Ici tout le monde court de la même manière. Toutes les équipes se mettent à rouler si elles ont un intérêt à défendre. Ça tire le niveau vers le haut. Les épreuves de Coupe de France sont un peu des épreuves amateurs améliorées mais, quand on arrive sur le Pro Tour, c'est comme si on repartait de zéro. C'est un niveau deux à trois fois supérieur à celui des amateurs et, si on n'y est pas préparé, c'est vraiment difficile de suivre le rythme. Quand on passe 200 kilomètres à souffrir dans les roues on commence à se poser des questions. Heureusement qu'on a une équipe autour de nous, qu'on peut avoir des moments de réconfort à l'hôtel avec des mots gentils des directeurs sportifs, des mécaniciens qui savent ce qu'on a enduré et qui nous regonflent le moral pour repartir. Quand on a passé la journée à souffrir, c'est dur à encaisser mais ça fait partie du métier. Tous les grands coureurs sont passés par là un jour. Ça devrait aller de mieux en mieux au fil des ans.
Sortir du Vendée U quand on arrive chez Bouygues Telecom, c'était peut-être avoir la meilleure structure possible pour quelqu'un comme toi qui a besoin d'être entouré ?Oui, c'était le meilleur chemin que je pouvais suivre. C'est vrai que j'ai besoin d'être entouré, de sentir la confiance autour de moi, de sentir que ce que je fais est apprécié. Savoir pourquoi on le fait aussi. Pour moi c'est important car j'ai besoin d'être guidé. Après je veux aussi avoir ma manière de voir et d'apprendre, mais je pense que les conseils des anciens de l'équipe sont un avantage.
Est-ce que tu as gambergé pendant la période où tu étais blessé ?C'est sûr qu'on se pose des questions quand on a des ennuis à répétition. Je me suis senti entouré, motivé. On m'a dit de ne pas m'affoler. J'ai senti un intérêt autour de moi. Mon équipe avait envie que je me remette de mes blessures, mais pas dans n'importe quelles conditions. Il fallait que je prenne le temps de me soigner pour être à nouveau compétitif. Si on m'avait juste dit "Soignes toi et on verra quand tu seras là", j'aurais peut-être été moins motivé à me battre pour revenir en étant prêt dès les premières compétitions. Tout le staff fait des efforts en ce qui me concerne, dans la gestion des blessures et des aléas du sport.
As-tu fait évoluer ta préparation par rapport à 2005 ?Ça va être du tout au tout. En 2005 j'avais été blessé en début de saison, là j'ai repris un peu plus tôt que d'habitude. Mais sur un plan plus large, j'ai un peu abordé cette saison comme les autres même si j'ai repris un peu plus tôt et que ça fait un décalage. Mais je n'ai pas modifié l'approche sportive. Je vais arriver en condition sur les premières épreuves, tout en ayant une marge de progression pour m'améliorer au fil des courses. Et j'espère que la chance va être avec moi et que ça va sourire.
Quelles sont tes ambitions ? Jouer la gagne ?Bien sûr, on y pense. Il faut avoir des ambitions mais j'ai encore des choses à apprendre. Je ne me mets pas de pression. Tout ce qui est pris n'est plus à prendre, donc je n'hésiterai pas à saisir les opportunités si j'en ai. Et l'expérience de l'an dernier va m'aider. Donc je veux continuer à apprendre tout en essayant d'aller chercher des accessits à la moindre occasion.
Dans quels domaines dois-tu progresser ?Sur les chronos, le rythme entre les amateurs et les pros est très différent et j'ai besoin de progresser dans ce domaine-là. Maintenant, c'est important quand on joue le classement général. En étant jeune, je n'ai pas encore d'intérêt à viser des courses à étapes. En priorité, il faut que je prenne un peu de puissance sur les bosses et garder de la fraîcheur dans le final des longues courses.
Où voudrais-tu signer ta première victoire chez les pros ?Mon rêve de gosse, et mon rêve de toujours d'ailleurs, restera Paris-Roubaix. C'est un autre vélo, ce n'est pas le même que celui qu'on fait toute l'année. C'est une émotion particulière, des sensations extrêmes. Ce sera impossible cette année, même s'il faut y croire pour toujours avoir la carotte qui fait avancer. Il n'y a qu'en y croyant qu'on peut avancer pour aller plus loin. Les courses à pavés sont des courses qui me plaisent.
Photo de Cora